Municipales 2026 à Strasbourg : la carte des résultats par bureau de vote du second tour

Chapô : Catherine Trautmann (Divers gauche, alliance PS-centre) remporte le second tour des élections municipales 2026 à Strasbourg avec 37 % des suffrages et 32.867 voix, devant Jeanne Barseghian (Union de la gauche, Écologistes-LFI) à 31,7 % et 28.160 voix et Jean-Philippe Vetter (LR) à 31,3 % et 27.794 voix. Cette triangulaire serrée succède à un premier tour très ouvert où Trautmann devançait déjà ses adversaires avec 25,93 %, suivie de Vetter (24,23 %), Barseghian (19,72 %) et Florian Kobryn (LFI, 12,03 %). Notre carte électorale par bureau de vote détaille la géographie d’une victoire construite sur l’ancrage socialiste de l’ouest et du centre strasbourgeois, face à une droite dominante dans l’est et le nord-est et un vote écologiste concentré dans les quartiers centraux et le sud de la ville.

Carte électorale par bureaux de vote à Strasbourg (Alsace) — élection municipale 2026, second tour

Un premier tour fragmenté : Trautmann en tête dans un scrutin à douze listes

Catherine Trautmann (PS), ancienne maire de Strasbourg (1989-2001) et ancienne ministre, prend la tête du premier tour avec 25,93 % et 22.392 voix, un score qui confirme sa position de favorite mais reste en deçà des projections des sondages. Jean-Philippe Vetter (LR), déjà candidat en 2020, réalise un excellent 24,23 % et 20.925 voix, plaçant la droite à un niveau historiquement élevé pour une municipale strasbourgeoise. La maire sortante Jeanne Barseghian (Écologistes) n’arrive qu’en troisième position avec 19,72 % et 17.031 voix, un recul très net par rapport à sa victoire de 2020 obtenue dans un contexte de participation effondrée (34 % au second tour). Florian Kobryn (LFI) crée la surprise en quadruplant le score insoumis de 2020, atteignant 12,03 % et 10.392 voix, ce qui lui permet de se maintenir au second tour. Virginie Joron (RN) plafonne à 7 % et 6.044 voix, insuffisant pour atteindre le second tour, confirmant le plafond bas du Rassemblement national dans la capitale alsacienne. Pierre Jakubowicz (MoDem-Renaissance) peine à dépasser les 5,10 %, loin du score macroniste de 2020 (19,86 % pour Alain Fontanel). La participation s’établit à 58,13 % sur 149.962 inscrits, en forte hausse par rapport à 2020 et supérieure au scrutin de 2014.

Le second tour : une triangulaire inédite issue d’alliances asymétriques

L’entre-deux-tours transforme radicalement la configuration du scrutin. Jeanne Barseghian fusionne sa liste avec celle de Florian Kobryn (LFI), formant une union de la gauche écologiste et insoumise, mais cette alliance provoque des défections (Place Publique, Génération Écologie). Catherine Trautmann fusionne avec Pierre Jakubowicz (MoDem-Renaissance), un rapprochement vers le centre qui lui vaut le retrait temporaire de l’investiture PS par Olivier Faure, rapidement démenti par la fédération du Bas-Rhin. Jean-Philippe Vetter refuse toute alliance et se maintient seul. Le second tour devient une triangulaire gauche/centre-gauche contre gauche unie contre droite. Catherine Trautmann l’emporte avec 37 % et 32.867 voix, devant Jeanne Barseghian à 31,7 % et 28.160 voix et Jean-Philippe Vetter à 31,3 % et 27.794 voix. La participation progresse à 60,07 % sur 150.028 inscrits, signe d’une mobilisation supplémentaire entre les deux tours. L’écart entre Barseghian et Vetter n’est que de 366 voix, faisant de la deuxième et troisième place l’un des duels les plus serrés de ces municipales 2026.

Le fief Trautmann : l’ouest strasbourgeois

La carte du second tour par bureau de vote dessine une géographie très lisible. Les bureaux roses (Trautmann dominante) couvrent massivement l’ouest de la commune : Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau et une partie de Cronenbourg. La fusion avec Jakubowicz renforce ce socle en y ajoutant une partie de l’électorat centriste et macroniste, produisant des scores souvent supérieurs à 40 % dans les bureaux les plus favorables.

Les bastions Trautmann à plus de 45 % : les quartiers populaires de l’ouest

Quelques bureaux rose foncé (Trautmann très dominante) apparaissent dans les zones les plus marquées à gauche de l’ouest strasbourgeois, du côté de l’Elsau, de la Montagne Verte et de certains bureaux de Hautepierre. Ces bureaux correspondent à un électorat populaire et de gauche traditionnelle, où le ralliement du vote Kobryn au premier tour vers la liste Barseghian n’a pas empêché Trautmann de capter une part significative du vote socialiste historique. La prime au nom et à l’expérience de l’ancienne ministre joue ici à plein.

Le fief Vetter : La Robertsau, le Wacken et le nord-est

À l’opposé, les bureaux bleus (Vetter dominant) dessinent un arc qui couvre tout le nord-est de la commune. La Robertsau, le Wacken, le Contades, la Neustadt dans sa partie nord et la Cité de l’Ill apparaissent en bleu clair à bleu foncé. La Robertsau constitue le bastion le plus marqué de Vetter, un quartier résidentiel aisé traditionnellement ancré à droite où le candidat LR dépasse souvent les 40 %. La Cité de l’Ill, en revanche, présente un profil plus populaire mais vote également Vetter, traduisant une implantation de la droite qui dépasse le seul vote bourgeois dans cette partie de la ville.

Le fief Barseghian : la Krutenau et le quartier de la gare

Les bureaux verts (Barseghian dominante) se concentrent dans les quartiers centraux et sud de Strasbourg : la Krutenau, quartier étudiant et bobo historiquement ancré à gauche, l’Esplanade avec son importante population étudiante et ses grands ensembles, le Neuhof et certains bureaux de la Meinau et du Polygone. Cette géographie correspond au socle écologiste de 2020, renforcé par l’apport de la liste Kobryn dans les quartiers populaires du sud. Le vote Barseghian dessine un arc sud qui s’oppose terme à terme au bloc nord-est de Vetter.

Neudorf : le quartier coupé en deux

Le quartier de Neudorf, le plus peuplé de Strasbourg, présente un profil clivé. La partie nord de Neudorf, plus ancienne et plus mixte socialement, penche vers Trautmann et Barseghian. La partie sud, plus récente et résidentielle (secteur Danube, Rives de l’Étoile), affiche un profil plus disputé entre les trois candidats. Ce clivage interne à Neudorf reflète les transformations urbaines de la dernière décennie et constitue un terrain d’analyse précieux pour toute stratégie de ciblage électoral à l’échelle de la rue.

Hautepierre et les Poteries : le vote populaire partagé

Les quartiers de Hautepierre et des Poteries, à l’ouest, présentent un profil mixte entre Trautmann et Barseghian. Ces zones de logement social, où le vote LFI de Kobryn au premier tour dépassait souvent les 20 %, se partagent au second tour entre la liste d’union de la gauche (Barseghian-Kobryn) et le vote Trautmann porté par la notoriété de l’ancienne maire. Vetter y reste marginal, signe que la droite ne parvient pas à pénétrer les quartiers populaires de l’ouest strasbourgeois.

La participation : un clivage est/ouest

La carte de la participation électorale superposée aux résultats révèle un clivage supplémentaire. Les bureaux à forte participation (supérieure à 65 %) se concentrent dans les quartiers résidentiels du nord-est (La Robertsau, Orangerie, Contades), c’est-à-dire dans la zone Vetter. À l’inverse, les bureaux à faible participation (inférieure à 45 %) apparaissent dans les quartiers populaires du sud et de l’ouest (Neuhof, Hautepierre, Elsau, Meinau). La moyenne communale du second tour s’établit à 60,07 %, mais avec un différentiel de participation de plus de 20 points entre les bureaux les plus mobilisés et les moins mobilisés. Ce différentiel constitue un levier stratégique majeur : dans les bureaux à faible participation situés en zone Barseghian, la mobilisation de quelques centaines d’abstentionnistes aurait pu modifier l’écart entre les deux listes de gauche.

Du premier au second tour : la carte des reports de voix

Le passage du premier au second tour se lit dans la comparaison entre les scores cumulés. Au premier tour, le total Trautmann + Jakubowicz atteint 31,03 % (25,93 + 5,10), tandis que Trautmann obtient 37 % au second tour, soit un gain de près de 6 points qui indique des reports bien au-delà du seul électorat Jakubowicz. Une fraction significative de l’électorat Joron (RN), des petites listes et même de certains électeurs Barseghian et Vetter du premier tour s’est reportée sur Trautmann au second tour, attirée par le profil rassembleur et la notoriété de l’ancienne ministre. Côté gauche unie, le total Barseghian + Kobryn au premier tour atteignait 31,75 % (19,72 + 12,03), et Barseghian ne progresse que marginalement à 31,7 % au second tour, signe que les reports insoumis vers la liste écologiste n’ont pas été intégraux et que la fusion avec LFI a fait fuir une partie de l’électorat écologiste modéré.

Lire la géographie électorale de Strasbourg quartier par quartier

Cette carte par bureau de vote de Strasbourg permet de visualiser précisément les résultats électoraux du second tour dans chaque quartier strasbourgeois : Gare, Petite France, Neustadt, Cronenbourg, Hautepierre, Poteries, Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau, Krutenau, Esplanade, Neudorf, Meinau, Polygone, Stade, Neuhof, Port du Rhin, Contades, Wacken, Orangerie, Quinze, Tauler, Citadelle, Robertsau, Cité de l’Ill. Cette représentation par bureau de vote constitue l’échelle la plus fine accessible publiquement à partir des données officielles publiées par le ministère de l’Intérieur, avant toute modélisation spatiale complémentaire par croisement avec le registre électoral.

Au-delà des municipales : circonscriptions législatives et cantons de Strasbourg

La commune de Strasbourg est partagée entre trois circonscriptions législatives du Bas-Rhin. La 1re circonscription du Bas-Rhin, couvrant les quartiers du centre et de l’ouest de la ville (Gare, Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau, Petite France, centre historique), la 2e circonscription du Bas-Rhin, couvrant la partie sud et sud-est de la commune (Krutenau, Neudorf, Esplanade, Meinau, Neuhof, Port du Rhin) ainsi que la commune d’Illkirch-Graffenstaden, et la 3e circonscription du Bas-Rhin, couvrant le nord de la commune (Cronenbourg, Robertsau) ainsi que les communes de Schiltigheim, Bischheim, Hœnheim, Reichstett et Souffelweyersheim, seront remises en jeu lors des prochaines élections législatives. Côté départemental, le territoire communal est découpé en six cantons : le canton de Strasbourg-1 (Centre-Ville, Finkwiller, Krutenau, partie du Neudorf), le canton de Strasbourg-2 (Gare, Montagne Verte, Elsau, Koenigshoffen, partie des Halles), le canton de Strasbourg-3 (Cronenbourg, Hautepierre, Poteries), le canton de Strasbourg-4 (Robertsau, Cité de l’Ill, Wacken, Contades, Tribunal, partie des Halles), le canton de Strasbourg-5 (Orangerie, Forêt-Noire, Vauban, Conseil des XV, Esplanade, partie du Port du Rhin) et le canton de Strasbourg-6 (Meinau, Plaine des Bouchers, Neuhof, partie du Neudorf, partie du Port du Rhin), dont les prochaines élections départementales auront lieu en mars 2028. Les résultats électoraux par bureau de vote des municipales 2026 constituent un indicateur précieux pour anticiper ces échéances, en identifiant les bureaux disputés du centre strasbourgeois où la triangulaire a produit des rapports de force inédits et les zones périphériques où les reports de voix entre les deux gauches n’ont pas fonctionné.

Géomarketing électoral : du résultat à l’action de terrain à Strasbourg

Le marketing électoral consiste à transformer ces résultats en stratégie de campagne opérationnelle. À partir d’une carte par bureau de vote comme celle de Strasbourg, il devient possible de cibler précisément un quartier et d’y réaliser un zoom par rue et par bâtiment, d’identifier les électeurs indécis dans les bureaux où l’écart entre les trois candidats ne dépasse pas 5 points, et de savoir où mobiliser les abstentionnistes en repérant les bureaux à faible participation. Cette démarche permet d’organiser un porte-à-porte efficace en priorisant les bureaux à fort enjeu plutôt qu’en quadrillant la ville au hasard, et de produire des résultats électoraux à l’échelle de la rue par croisement avec le registre électoral. C’est l’enjeu central du ciblage en campagne : concentrer le temps militant là où chaque contact compte vraiment.

Pour aller plus loin :

Le géomarketing électoral. Définition, méthodologie et enjeux d’une discipline stratégique

Cibler mieux plutôt que tracter plus

Swing polls & streets : méthodologie pour circonscriptions serrées

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