FAQ n°3 – Comment organiser un porte-à-porte efficace en campagne électorale ?

Le porte-à-porte est, scientifiquement, le canal de campagne électorale le plus efficace au monde, devant le tract, le mail et l’appel téléphonique. Cette FAQ répond aux 7 questions essentielles pour organiser un porte-à-porte qui produit des résultats : choisir les bonnes rues, calibrer les équipes militantes, comprendre les outils existants en France, en Europe et en Amérique du Nord, et passer du quadrillage au hasard à un porte-à-porte ciblé qui transforme une campagne, que vous prépariez une législative française, une fédérale belge, une municipale québécoise ou une cantonale suisse.

Le porte-à-porte est-il vraiment efficace en campagne électorale ?

Oui, et c’est aujourd’hui une certitude scientifique, pas une intuition militante. L’étude fondatrice d’Alan Gerber et Donald Green, publiée en 2000 dans l’American Political Science Review, a démontré expérimentalement aux États-Unis que le porte-à-porte augmente la participation électorale d’environ 8 à 13 points par personne contactée, là où le courrier personnalisé n’a qu’un effet de 2,5 points et l’appel téléphonique un effet quasi nul. En France, l’étude majeure de Vincent Pons (Harvard Business School), publiée en 2018 dans l’American Economic Review, a analysé la campagne de François Hollande en 2012 : 80.000 militants ont frappé à 5 millions de portes, ce qui a représenté un quart de la marge de victoire au second tour. Plus remarquable encore, 20 % des électeurs qui s’apprêtaient à voter pour le Front national ont changé d’avis après une visite, et l’effet a persisté deux ans plus tard. La méta-analyse européenne de Bhatti et co-auteurs (2016) confirme l’effet, légèrement plus modeste qu’aux États-Unis (0,78 point en moyenne) mais présent dans tous les pays étudiés. Le porte-à-porte n’est pas la méthode parmi d’autres : c’est la méthode.

Comment choisir les rues à prioriser pour le porte-à-porte ?

Choisir les rues à prioriser, c’est l’enjeu central d’un porte-à-porte efficace, et c’est précisément ce qui sépare une campagne professionnelle d’un quadrillage militant au hasard. La logique est la même quel que soit le pays : il faut concentrer le porte-à-porte sur les rues à fort enjeu, c’est-à-dire celles où le rapport coût/bénéfice est le meilleur. Trois critères se combinent. Premièrement, le potentiel électoral de la rue : nombre de logements, densité d’électeurs, type d’habitat. Deuxièmement, la probabilité de bascule : les rues situées dans des bureaux où l’écart entre candidats au scrutin précédent était inférieur à 10 points sont prioritaires sur les rues situées dans des bastions ou des zones perdues. Troisièmement, l’accessibilité : une rue d’immeubles avec interphone n’a pas le même rendement qu’une rue pavillonnaire. Une carte par rue et par bâtiment, produite par modélisation spatiale fine, hiérarchise immédiatement ces priorités. À Liège, à Genève, à Montréal ou à Bordeaux, la logique est identique : tracter les bonnes rues plutôt que toutes les rues.

priorisation électorale des rues et bâtiments en faveur de david samzun à saint nazaire (loire atlantique)

Quels outils logiciels existent pour organiser un porte-à-porte ?

Le marché des outils de campagne électorale est dominé par quelques acteurs structurants. En France, plusieurs solutions cohabitent : Qomon (CRM français spécialisé politique, très utilisé sur les présidentielles, municipales et législatives, propose cartographie au bureau de vote, gestion des militants et application de porte-à-porte) et NationBuilder (leader américain présent en France depuis 2012, plateforme intégrée site web + CRM + terrain, utilisé par 8 candidats à la présidentielle 2017. Aux États-Unis, le marché est structuré par trois acteurs : NGP VAN (leader absolu côté démocrate, base nationale Voter Activation Network, utilisée par Obama 2008 et 2012, Hillary Clinton, Joe Biden), i360 (leader côté républicain, 1.800 points de données sur 270 millions d’Américains), et Catalist (spécialiste des bases de données progressistes, modélisation prédictive, utilisé par le DNC et les organisations progressistes). En Belgique, au Québec, en Suisse et au Luxembourg, le marché reste embryonnaire, avec quelques solutions locales et l’utilisation ponctuelle des outils français ou américains.

Quelles sont les limites des outils logiciels actuels de porte-à-porte ?

Tous ces outils ont une limite commune et structurante : ils ciblent à l’échelle du bureau de vote ou produisent des carroyages complexes et très difficiles à utiliser sur le terrain. Or, à l’intérieur d’un même bureau de vote, on trouve souvent des rues de maisons mitoyennes, des rues pavillonnaires, des immeubles d’appartements et des barres HLM, des secteurs jeunes et des secteurs vieillissants. La géographie électorale interne au bureau peut être plus contrastée que les différences entre bureaux, surtout comme en France où certaines municipalités cherchent à lisser les bureaux de vote en homogeneisant leurs zones de chalandises pour masquer les comportements de vote. Les CRM militants comme Qomon ou NationBuilder, les bases de données comme NGP VAN ou i360, ne descendent pas à cette échelle. Aux États-Unis, des outils comme Catalist tentent de modéliser des scores individuels par électeur, mais avec des bases de données comportementales massives qui posent des questions éthiques et juridiques (RGPD en Europe). Ce que je propose est unique, produire un zoom à l’échelle de la rue et du bâtiment, à l’intérieur même des bureaux de vote, à l’échelle la plus adaptée et fonctionnelle pour le militantisme de terrain, en restant strictement conforme aux exigences éthiques et juridiques occidentales.

Combien de militants faut-il pour un porte-à-porte efficace ?

La taille de l’équipe militante dépend de la taille de la commune ou de la circonscription, du temps disponible avant le scrutin, et du périmètre ciblé. En France, on peut raisonnablement envisager qu’un militant accompagné (le porte à porte se pratique le plus souvent en binôme) peut militer efficacement sur des tranches de 2 heures. Pendant ce laps de temps, il peut rentrer en moyenne en contact avec 10 personnes (électeurs ou non…). Dans le cadre de la campagne municipale française par exemple, j’évaluait que sur les deux dernières semaines de campagne, une liste dans une ville de 30.000 habitants comptant une quarantaine de candidats, pouvait en mobilisant 2 heures par jour pendant 5 jours par semaine parler et convaincre environ 2.000 électeurs. Bien ciblés, ces électeurs sont absolument décisifs dans le résultat électorale d’un candidat. Ci dessous, un exemple à Agde, dans le sud de la France.

ciblage des 2000 décisifs pour une liste centriste à agde (occitanie)

Quels horaires et quels créneaux pour le porte-à-porte ?

Les meilleurs créneaux sont ceux où vous avez la meilleure probabilité de trouver les gens chez eux. En semaine : en soirée si l’on cherche des actifs, en journée si l’on cherche des retraités. Le weekend, c’est à la discrétion des militants par rapport aux habitudes de vie locale,. Le porte-à-porte en France n’a pas la même réception qu’aux États-Unis (beaucoup plus habitués), au Québec (intermédiaire) ou en Belgique (relativement réticent).

Comment former les militants au porte-à-porte ?

Une équipe militante non formée gaspille son temps et celui des électeurs. La formation minimale tient en trois points. Premièrement, le script de présentation : 30 secondes pour se présenter, dire pourquoi on est là, et passer la parole à l’électeur. Pas de monologue politique, l’objectif est l’écoute. Deuxièmement, la posture : ne jamais entrer dans une polémique, ne jamais critiquer un autre candidat de front, toujours noter les retours pour le candidat (les remontées de terrain valent autant que les voix gagnées). Troisièmement, le matériel : tract court à laisser systématiquement, fiche de relevé pour noter les contacts (sympathisant, indécis, opposé, ou absent), itinéraire imprimé avec les rues prioritaires. Les outils numériques comme Qomon ou NationBuilder permettent de digitaliser ce relevé, mais une feuille papier suffit largement pour les campagnes de taille moyenne. La formation prend deux heures et doit être renouvelée pour chaque nouvelle vague de militants. C’est un investissement qui change la productivité de toute la campagne.

Pour aller plus loin :

Swing polls & swing streets

Vos 2.000 électeurs clés

Cibler mieux plutôt que tracter plus

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