La carte par wijk des élections provinciales du 13 octobre 2024 dans le district Ypres-Ostende-Dixmude est la première du genre en Flandre occidentale : grâce à la publication inédite des résultats par bureau de vote, on peut désormais lire la géographie électorale quartier par quartier. Cette publication, attendue depuis bien longtemps par les analystes du vote, ouvre enfin la possibilité de produire des cartes électorales fines à l’échelle des quartiers (wijken). Ces quartiers peuvent être selon les communes et le mode de scrutin (vote manuel ou électronique) des regroupements de secteurs statistiques, des anciennes communes voir des communes dans leur entièreté (quand il n’est pas possible au vu des résultats fournis par la région flamande de distinguer des territoires infra-communaux sur base des résultats officiels, comme à Furnes). Nous proposons ci-dessous deux cartographies inédites du district provincial Ieper-Oostende-Diksmuide, qui couvre toute la Flandre occidentale à l’ouest de l’axe Bruges-Roulers : la première sur le profil électoral de chaque wijk, la seconde sur le taux de pénétration de Johan Vande Lanotte (Vooruit), figure historique du socialisme ostendais.
Un district très fragmenté: quatre partis autour de 20%
Le district Ieper-Oostende-Diksmuide est l’un des territoires politiquement les plus fragmentés de Flandre. Aucune force ne dépasse 21 % des voix et cinq partis se tiennent dans un mouchoir de poche : Vlaams Belang en tête à 20,4 % (37.346 voix, 3 sièges), suivi du cd&v à 20,3 % (37.100 voix, 3 sièges), du Vooruit à 20,1 % (36.814 voix, 2 sièges), de la N-VA à 18,9 % (34.540 voix, 2 sièges) et de l’Open VLD à 11,6 % (21.281 voix, 1 siège). Cette configuration en cinq blocs proches, sans parti dominant, fait de l’arrondissement un terrain particulièrement instructif pour la cartographie électorale par wijk : la moindre variation locale fait basculer le quartier d’une dominante à l’autre.
Une géographie en trois zones : la côte rouge, l’arrière-pays orange, les villages mixtes
La lecture de la carte par wijk dessine trois Flandres occidentales superposées.

La frange littorale, partagée entre socialistes, libéraux et régionalistes. Tout le long de la côte, de Bredene à La Panne, les vote socialistes et libéraux traditionnels structurent le paysage électoral accompagnés par une composante nationaliste. Ostende et Bredene forment le bastion rouge le plus net du district : Vooruit y arrive nettement en tête dans la quasi-totalité des wijken, talonné parfois ici par le Vlaams Belang dans les quartiers populaires (en violet). Plusieurs villes comme Coxyde, Le Coq et La Panne sont des fiefs historiques de l’Open VLD, conformément à la tradition libérale du littoral occidental.
L’arrière-pays rural, fief du cd&v. À l’intérieur des terres, du Westhoek aux campagnes au sud de Dixmude, le cd&v occupe le terrain de manière compacte. Les anciennes communes rurales autour de Dixmude, de Poperinge, de Vleteren et de Heuvelland sont massivement orange sur la carte. C’est la Flandre catholique traditionnelle, celle des villages, des fermes et des paroisses, où le parti chrétien-démocrate n’a jamais perdu son ancrage. Dans plusieurs wijken du sud de l’arrondissement, on note l’apparition de la dominante cd&v/Vlaams Belang (brun foncé), signe que le vote nationaliste progresse dans ces campagnes sans pour autant déloger le socle chrétien-démocrate.
Les villes-centres et les quartiers mixtes. Les wijken centraux d’Ypres, de Poperinge et de Furnes apparaissent dans les tons verts (gemengd, mixte) et accueillent en réalité de petites majorités relatives Vooruit ou cd&v. Ypres centre est l’une des rares zones rouges de l’intérieur du district, ce qui rappelle que la ville a été dirigée par des bourgmestres socialistes et est restée un îlot urbain dans un environnement rural conservateur. À l’inverse, certains villages côtiers immédiatement en retrait du littoral (Middelkerke, Nieuwpoort) apparaissent comme des swing polls où Vlaams Belang, Vooruit et N-VA sont au coude à coude.
Une lecture politique : la fin du tripartisme dominant
Cette carte raconte aussi la fragmentation du paysage flamand. Là où dans les années 1990 et 2000 trois partis (CVP, SP, VLD) se partageaient l’essentiel du district, on a désormais cinq forces installées à 11-20 % et une géographie qui oppose nettement le littoral progressiste à l’arrière-pays conservateur. Le Vlaams Belang, premier parti du district sans pourtant arriver en tête dans beaucoup de quartiers individuellement, doit son score à une diffusion homogène sur tout le territoire plutôt qu’à des bastions localisés. C’est l’inverse du cd&v, qui réalise un score équivalent par accumulation de fiefs ruraux puissants.
Johan Vande Lanotte : un taux de pénétration dans le district qui résume sa carrière politique
La seconde carte par wijk représente le taux de pénétration personnel de Johan Vande Lanotte (Vooruit), placé en 11e position sur la liste socialiste. Il a recueilli 8.157 votes préférentiels dans le district, soit 4,4 % des suffrages exprimés, un score important pour un candidat en fin de liste.

Bredene-Ostende : le bastion personnel. C’est sur Bredene et l’est d’Ostende que le score grimpe à 10-12 %, la couleur la plus foncée de la légende. Vuurtoren (11,9 %), Groenendijk à Bredene (11,6 %), Zandvoorde (10,9 %), MariaDuynerenbaan à Bredene (9,6 %) et Konterdam (9,5 %) forment le top 5 des taux de pénétration. En voix brutes, Westerkwartier à Ostende (364 voix), Ostende Centrum (316) et Vuurtoren (314) confirment le poids du port flamand. Cet ancrage est cohérent avec la trajectoire récente de Vande Lanotte : bourgmestre d’Ostende de 2015 à 2018, il a déménagé à Bredene en 2023 et habite désormais à 300 mètres de la frontière communale, ce qui explique que le wijk de Groenendijk et celui de MariaDuynerenbaan ressortent aussi fortement que les quartiers ostendais. Les électeurs de l’agglomération continuent de voter pour lui par notoriété personnelle, indépendamment de sa place sur la liste.
Furnes (Veurne) et Coxyde : la deuxième couronne côtière. Les wijken de Veurne (346 voix brutes, taux entre 5 et 7,5 %) et le sud de Coxyde apparaissent en orange moyen. Cette diffusion s’explique par la proximité géographique de l’agglomération ostendaise et par les vingt-cinq années pendant lesquelles Vande Lanotte a été élu fédéral de l’arrondissement de Furnes-Dixmude-Ostende avant l’élargissement à toute la province en 2003.
Poperinge : le clin d’œil à la ville natale. Plus inattendu, un wijk de Poperinge ressort en orange moyen (entre 5 et 7,5 %). Vande Lanotte est né à Poperinge et y a passé son enfance, ce qui suffit, soixante ans plus tard, à produire un effet de notoriété mesurable dans les bureaux de vote du chef-lieu du Westhoek. C’est un cas d’école d’effet biographique long sur un vote préférentiel : un candidat n’ayant jamais exercé de mandat local à Poperinge y conserve un capital identification supérieur de plusieurs points à la moyenne du district.
Le reste de l’arrondissement. Sur tout le sud (Ypres, Heuvelland, Wervik, Menin) et l’arrière-pays de Dixmude, Vande Lanotte tombe entre 1 et 2,5 %. Dans ces zones où il n’a jamais exercé de mandat ni développé d’implantation personnelle, son score se rapproche du score moyen d’un onzième de liste sans notoriété, soit le plancher technique d’un candidat en position de comblement.
Un outil transposable à toutes les têtes de liste flamandes
Ce type de carte par wijk est directement reproductible pour les tous les candidats aux élections communales et provinciales d’octobre 2024, élus ou non. Pour un élu sortant qui prépare les échéances de 2029 et 2030, pour un challenger qui veut identifier les zones de faiblesse d’un sortant, ou pour un parti qui souhaite optimiser sa composition de liste en répartissant les ancrages territoriaux des candidats, la carte de pénétration par wijk constitue un avantage stratégique décisif. Elle permet de répondre à la seule question qui compte vraiment en marketing électoral : où mes voix se trouvent elles, et où dois je aller en chercher de nouvelles ?
Marketing électoral : passer à l’action
Geoffrey Pion, consultant en géomarketing électoral, accompagne les candidats et élus dans le monde entier
Pour aller plus loin :
→ Le géomarketing électoral en Belgique
→ Communales 2024 à Hasselt : la carte des taux de pénétration de Tom Thijsen par quartier
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