Que donneraient les sondages des présidentielles 2027 à Saint-Étienne ? De nombreuses enquêtes d’opinion paraissent actuellement, à raison d’environ un par semaine. L’objectif est de les utiliser pour construire des projections dans différents territoires, afin d’observer les évolutions possibles et les différents scénarios à l’échelle locale.
Je me suis appuyé sur une enquête Ipsos publiée le 11 septembre, dans laquelle plusieurs hypothèses d’intentions de vote étaient testées.
J’ai retenu l’une des hypothèses testées avec quatre candidats centraux: Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et Bruno Retailleau. J’ai intégré les résultats du sondage ainsi que les reports de voix entre 2022 et les intentions de vote pour 2027, puis j’ai adapté cette projection à la structure de la ville.
Saint-Étienne est une ville à part dans le paysage politique français. Ancienne capitale industrielle de la Loire, elle reste l’une des grandes villes les plus populaires de France. Dirigée par la droite entre 2014 et 2026, elle vote pourtant nettement à gauche lors des scrutins nationaux. Lors de l’élection présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon est arrivé largement en tête avec 33,3% des voix, devant Emmanuel Macron à 25,1% et Marine Le Pen, loin derrière, à 16,7%. C’était déjà le cas en 2017, où le candidat insoumis était arrivé en tête du premier tour.
Aux élections législatives de 2024, la gauche a confirmé son ancrage. Dans la première circonscription de la Loire (Saint-Étienne Nord), le socialiste Pierrick Courbon est arrivé en tête au premier tour avec 40,3% des voix, avant d’être facilement élu au second tour face à la candidate du Rassemblement national. Dans la deuxième circonscription (Saint-Étienne Sud), la députée sortante LFI Andrée Taurinya a été réélue avec 48,7% dans une triangulaire face au RN et à l’UDI.
La ville de Saint Etienne compte environ 900 rues et près de 950 bâtiments (résidences et immeubles). Pour des raisons statistiques et cartographiques, j’ai choisi de ne pas intégrer les trois bureaux de vote situés à Saint-Victor-sur-Loire. Ce secteur se trouve complètement à l’ouest de la commune et aurait à la fois déséquilibré la représentation cartographique de la ville et le modèle statistique électoral.
Une mosaïque urbaine lisible à l’échelle de la rue et du bâtiment

La première carte produite est une typologie de l’habitat par rue et par bâtiment. Quatre grands types de bâtiments et cinq grands types de rues permettent de décrire la ville.
Tout le centre-ville de Saint-Étienne, depuis l’hôtel de ville jusqu’au Crêt-de-Roc, Jacquard et Tarentaise, puis jusqu’à la Colline des Pères et presque jusqu’à Centre Deux, est principalement composé de rues bordées d’immeubles contigus à appartements (sans que cela soit des résidences). C’est un secteur particulièrement difficile à couvrir par le militantisme de terrain. Près de 27% des Stéphanois vivent dans ce type de rues en gris clair sur la carte.
En remontant sur les contreforts des différentes collines, on trouve davantage de maisons individuelles. Il s’agit d’abord de rues de maisons mitoyennes en rose (assez rares) puis de maisons quatre façades en rouge, notamment à Beaulieu-Montchovet, Bel-Air, Montaud et au sud de la ville vers Rochetaillée et Le Bernay. Plus on s’éloigne du centre-ville, plus on rencontre des lotissements.
Saint-Étienne est toutefois une ville ancienne, qui compte relativement peu de lotissements. À peine 8% de la population y vit dans ce type d’habitat, ce qui est faible par rapport à de nombreuses autres villes françaises. Les lotissements sont souvent composés de maisons mitoyennes, parfois en HLM, parfois privées. Ils se situent notamment autour des grands ensembles, à Montreynaud, au Grand Clos ou à La Métare. On trouve également des lotissements plus aisés, composés de maisons individuelles, notamment au sud, vers Terrenoire, Rochetaillée et Le Bernet, ainsi qu’à l’ouest, autour du golf, de Cochaud, de Bel-Air et du Solar.
Parmi les 950 bâtiments étudiés, une part importante correspond à des immeubles HLM, Saint-Étienne possédant un parc de logements sociaux très important : près de 18% de la population vit dans un immeuble HLM. Ce chiffre ne comprend pas les lotissements de maisons individuelles qui peuvent également relever du logement social.
J’ai également cherché à tenir compte du standing des résidences. Comme pour les autres grandes villes étudiées, j’ai réparti les immeubles en trois catégories, en m’appuyant sur le prix moyen au mètre carré enregistré par section cadastrale ces cinq dernières années.
Les immeubles de bas standing (à l’échelle de la ville) se trouvent particulièrement au sud de la ville, dans les quartiers de Bellevue et de La Métare, ainsi qu’à Jacquard. Les résidences de standing intermédiaire sont notamment situées autour de Bergson, de Centre Deux et du Solaure. Les immeubles de standing supérieur se concentrent le long du cours Fauriel et du boulevard Bergson, entre La Terrasse et le centre-ville. Il faut toutefois préciser que ces catégories sont relatives à Saint-Étienne. Un immeuble considéré comme haut de gamme dans cette ville serait classé dans le bas standing dans la plupart des autres grandes villes françaises.
Présidentielles 2027 sondage Saint-Étienne : une ville rouge et bleue
En appliquant les reports de voix 2022/2027 issus du dernier sondage IPSOS aux résultats électoraux à Saint Etienne, Marine Le Pen arriverait en tête à Saint-Étienne avec 26% des voix, devant Jean-Luc Mélenchon, 20%. La carte interactive ci-dessous indique le candidat qui arriverait en tête dans chaque rue et chaque bâtiment selon la projection du sondage.
Vous pouvez cliquer sur chaque rue et bâtiment pour connaître son nom et le candidat qui arriverait en tête aux présidentielles 2027 selon le dernier sondage IPSOS
Le score de Jean-Luc Mélenchon est très probablement sous-estimé car les reports de voix utilisés dans la projection ne tiennent pas compte des abstentionnistes ni des personnes qui n’étaient pas inscrites sur les listes électorales en 2022, base de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon.
Dans la très grande majorité des rues de Saint-Étienne, soit Marine Le Pen soit Jean-Luc Mélenchon arriveraient ainsi en tête.
Jean-Luc Mélenchon est globalement nettement plus souvent en tête dans le nord de la ville et au centre-ville, notamment à Montreynaud, à Tarentaise, Cotonne ainsi qu’autour du Crêt-de-Roc et de la gare. Il arriverait également en tête dans la plupart des immeubles des grands ensembles du sud de la ville.
Marine Le Pen en septembre 2026 serait en tête dans la majorité des rues et bâtiments de la partie sud de Saint Etienne et globalement dans la plupart des quartiers périphériques de maisons individuelles, en lotissement. Dans les résidences du sud, elle se positionnerait en tête aussi bien dans les quartiers bourgeois autour du Cours Fauriel que dans ceux plus populaires de Bellevue, La Métare ou Montchovet.
Il reste enfin une petite centaine de rues et de bâtiments dans lesquels deux des candidats du centre, Édouard Philippe (en orange) ou Raphaël Glucksmann (en rose) pourraient apparaître en tête. Ces secteurs se situent principalement dans le centre-ville ou autour de celui-ci, notamment dans les quartier du cours Fauriel et de Bergson. On y trouve les résidences les plus aisées de la ville avec une population âgée.
Vers une typologie plus fine

La carte interactive présente le candidat qui serait en tête dans chaque rue ou bâtiment. Cette représentation est simpliste, très visuelle mais peut être trompeuse : un candidat peut arriver en tête avec seulement 0,1 point d’avance sur le deuxième.
J’ai donc réalisé une seconde typologie qui tient compte des différentes configurations électorales possibles: nette domination d’un candidat, deux candidats au coude à coude ou profil mixte.
Une rue ou un bâtiment est considéré comme fortement favorable à Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon lorsque le candidat arrive en tête avec plus de 15 points d’avance sur le deuxième (il n’y a pas de cas où un autre candidat arriverait nettement en tête dans une rue ou un bâtiment).
Jean-Luc Mélenchon serait très nettement en tête dans les quartiers de Montreynaud, à Tarentaise et à Cotonne, ainsi que dans de nombreux immeubles HLM, notamment au sud, entre Portail Rouge et Bellevue.
Marine Le Pen, elle, serait nettement en tête dans bien des rues et bâtiments du quartier Beaulieu-Montchovet, dans de nombreuses résidences de La Métare et dans la plupart des secteurs périphériques composés de maisons individuelles et de lotissements 4 façades.
Les configurations mixtes
La carte fait également apparaître plusieurs profils mixtes. Une première configuration, très fréquente à Saint Etienne correspond aux rues et bâtiments où Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont au coude à coude (en violet). Ils sont répartis sur l’ensemble de la commune, sans dessiner une géographie clairement identifiable. Ce profil mixtes de rues et de bâtiments se rencontre plus fréquemment dans les secteurs périphériques et sur les collines que dans le centre-ville.
Une autre configuration, représentée en vert pâle, correspond aux rues et bâtiments où les trois ou quatre principaux candidats sont très proches les uns des autres. Elle est particulièrement fréquente dans le centre-ville, ainsi que dans beaucoup de résidences bourgeoises des quartiers de Bergson, Bel-Air et La Terrasse, au nord, et autour du cours Fauriel. Dans le centre-ville, le profil est souvent mixte entre les 4 principaux candidats. Dans les quartiers plus aisés du cours Fauriel, de Bergson et de La Terrasse, la configuration est davantage mixte entre Marine Le Pen, Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe.
Deux configurations sont plus rares. La première, représentée en bleu clair, correspond aux secteurs où Marine Le Pen et Édouard Philippe sont au coude à coude. On la retrouve notamment dans quelques lotissements situés en périphérie, notamment au sud. La seconde, en orange correspond aux bâtiments où Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe seraient au coude à coude. Elle concerne principalement des résidences accueillant de nombreux retraités, autour de Centre Deux, du cours Fauriel et de l’hôtel de ville.
Une ville politiquement fragmentée
Cette projection montre une ville structurée par deux grandes forces : Jean-Luc Mélenchon dans les grands ensembles et une partie du centre-ville, et Marine Le Pen dans les quartiers périphériques. Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann disposent de points d’appui beaucoup plus limités, principalement dans les secteurs centraux et les quartiers résidentiels aisés et âgés.
La seconde carte permet toutefois de nuancer fortement cette première lecture. De nombreux secteurs sont mixtes et les quatre candidats peuvent parfois se tenir dans une fourchette de quelques points seulement. Saint-Étienne apparaît donc comme une ville où les rapports de force sont très différents selon les types d’habitat, le niveau de standing et la localisation des quartiers.
Une analyse utile aux campagnes électorales
Tous les partis et toutes les sections locales cherchent à profiter de l’élection présidentielle. Tous les cinq ans, cette échéance constitue un moment privilégié pour le militantisme politique. C’est l’occasion de sortir de l’ombre, de se faire connaître et de diffuser ses idées, y compris pour des candidats ou des mouvements qui savent qu’ils auront peu de chances de participer réellement au scrutin.
Ce type d’analyse peut donc être essentielle aux élus, aux responsables politiques et aux équipes de campagne qui souhaitent comprendre les dynamiques électorales de leur commune. Elle peut servir à préparer l’élection présidentielle, mais également les élections législatives qui devraient suivre.
Les hypothèses restent naturellement évolutives. J’ai retenu ici un scénario dans lequel il n’existe qu’un seul candidat de centre droit, mais rien n’est encore définitivement arrêté. Les équilibres politiques vont donc encore changer dans les prochaines semaines et les prochains mois.
Les questions liées aux parrainages restent notamment importantes. Les candidats doivent obtenir 500 signatures pour pouvoir se présenter, et il est possible que certains ne parviennent pas à réunir ce nombre.
La projection spatiale des sondages permet néanmoins de suivre ces évolutions et d’observer les conséquences locales des différents scénarios. Elle peut également aider les équipes à adapter leur campagne et à identifier les rues et bâtiments dans lesquelles concentrer leurs efforts.
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Pour aller plus loin sur le marketing électoral :
→ Une carte intéractive par rue et bâtiment à Montpellier (34)
→ Présidentielles 2027: projection de sondage à Saint Nazaire (44)
→ Présidentielle 2027 : mode d’emploi
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