Présidentielles 2027 à Montargis (45): modélisation spatiale via Polymarket

Comment se dessineraient les présidentielles 2027 à Montargis, rue par rue et bâtiment par bâtiment? Cet article propose une modélisation spatiale à cette échelle, à partir des probabilités du marché prédictif Polymarket. L’occasion s’est présentée le 5 août 2026 avec la démission de Côme Dunis, premier maire Rassemblement national d’une sous-préfecture du Loiret, cinq mois après avoir conquis Montargis au second tour d’une triangulaire face à Benoît Digeon (LR). Un nouveau maire sera élu par le conseil municipal en septembre. L’événement a remis brièvement Montargis sous les projecteurs médiatiques, et m’a donné l’occasion de me pencher sur ce territoire du Bassin parisien, l’un de ceux où le RN réalise ses meilleurs scores en France, avec notamment le député Thomas Ménagé élu dans la circonscription.

Plutôt qu’une rétrospective sur les municipales de mars 2026, j’ai choisi une entrée plus prospective: à quoi pourrait ressembler la prochaine élection présidentielle sur ce territoire, à l’échelle du bâtiment? Pour construire cette projection, j’ai croisé ma modélisation spatiale habituelle avec une source de données assez inhabituelle en France, un marché prédictif basé sur la blockchain.

Polymarket, un marché prédictif appliqué aux présidentielles 2027

Polymarket est un marché prédictif fondé en 2020 par Shayne Coplan, jeune entrepreneur américain issu de l’écosystème crypto. Le principe est simple: les utilisateurs achètent et vendent des parts sur la réalisation ou non d’événements futurs, politiques, géopolitiques, économiques ou sportifs. Les transactions se déroulent sur la blockchain Polygon (une couche d’accélération d’Ethereum) et les mises se font en USDC, un stablecoin adossé au dollar. Le prix d’une part, compris entre 0 et 1 dollar, reflète à chaque instant la probabilité implicite que l’événement se réalise, telle qu’estimée par l’ensemble des parieurs.

La plateforme a acquis une visibilité internationale lors de la présidentielle américaine de 2024, où elle a donné Donald Trump vainqueur avec une probabilité nettement supérieure à celle des sondages classiques, avant que le résultat ne lui donne raison. Depuis, Polymarket est régulièrement citée comme un baromètre alternatif aux enquêtes d’opinion, avec le grand avantage d’agréger l’information de milliers de parieurs qui engagent réellement leur argent, ce qui incite en théorie à une évaluation plus lucide que les sondages déclaratifs.

L’usage de Polymarket sur des questions françaises reste marginal, à une exception près, la prochaine élection présidentielle. Au 17 août 2026, environ 120 millions de dollars auraient été misés sur ce marché, ce qui en fait la seule question française à mobiliser des volumes significatifs. Sur les élections municipales de mars 2026, des marchés avaient été ouverts pour Paris, Lyon, Marseille et Nice, mais avec des volumes très faibles et une poignée de parieurs, ce qui rend les cotes peu exploitables.

Ce que dit Polymarket sur la présidentielle 2027

Au 17 août 2026, Polymarket donne les probabilités suivantes de remporter la présidentielle à l’issue du second tour:

  • Marine Le Pen: 32%
  • Édouard Philippe: 26%
  • Jean-Luc Mélenchon: 14%

Une précaution méthodologique importante s’impose. Ces chiffres ne mesurent pas une intention de vote au premier tour, mais la probabilité, telle que perçue par les parieurs, d’accéder in fine à l’Élysée. Édouard Philippe et Marine Le Pen bénéficient probablement d’une prime importante liée à leur position présumée favorable au second tour, quand Jean-Luc Mélenchon reste plus fortement pénalisé par la difficulté à gagner un second tour.

À titre de comparaison, le dernier sondage Cluster17 interrogeant les Français sur celui ou celle qu’ils souhaiteraient voir devenir président livre une répartition très différente: Marine Le Pen à 22%, Jean-Luc Mélenchon à 16%, Édouard Philippe à 11%. La logique n’est pas la même. D’un côté, une préférence déclarée, éclatée entre une dizaine de personnalités. De l’autre, une projection sur la probabilité de gagner l’élection, avec une prime aux profils réputés qualifiables au second tour.

Il faut également garder à l’esprit qu’un marché prédictif comme Polymarket agrège les paris d’une population très spécifique, largement issue de l’univers des cryptomonnaies, plutôt jeune, masculine et anglo-saxonne. Ce n’est ni un sondage représentatif, ni un modèle prédictif classique. C’est un signal parmi d’autres, à interpréter comme tel.

De la probabilité nationale à la carte par bâtiment

L’exercice que je propose ici consiste à spatialiser ces probabilités à l’échelle de l’agglomération de Montargis, en les intégrant dans ma modélisation spatiale habituelle. Concrètement, cela revient à répartir chaque candidat sur le territoire selon les caractéristiques sociodémographiques, urbanistiques et électorales de chaque rue et bâtiment, calibrées sur les scores nationaux issus de Polymarket.

Le périmètre retenu couvre les quatre communes qui structurent l’essentiel de l’agglomération: Montargis, Châlette-sur-Loing, Villemandeur et Amilly. La carte s’organise donc autour de trois blocs, Marine Le Pen en bleu, Édouard Philippe en orange, Jean-Luc Mélenchon en rouge.

Projection présidentielle 2027 à Montargis via Polymarket, par bâtiment: Le Pen en bleu, Philippe en orange, Mélenchon en rouge

Un centre-ville favorable à Édouard Philippe

La commune de Montargis penche nettement vers le bloc central. Cela concerne le centre-ville historique, mais aussi les quartiers plus bourgeois et âgés, souvent peuplés de retraités venus de la région parisienne. Cette dynamique orangée se prolonge vers le bourg de Châlette-sur-Loing et du côté de Saint-Firmin à Amilly. Selon la projection, Édouard Philippe arriverait également en tête dans plusieurs lotissements résidentiels, notamment à Viroy sur Amilly et dans l’ensemble du centre de Villemandeur.

Des périphéries favorables à Marine Le Pen

Marine Le Pen dominerait dans les espaces les plus périphériques de l’agglomération: une grande partie d’Amilly, de Villemandeur et plusieurs secteurs de Châlette-sur-Loing, en particulier au Lancy. Elle serait également largement en tête entre Vésine et Château-Blanc, dans des rues composées majoritairement de maisons individuelles quatre façades ou de lotissements récents. Ces zones constituent le territoire électoral de référence du RN à cette échelle: périurbain, résidentiel, propriétaires de leur logement.

Les quartiers populaires pour Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon reste globalement en retrait mais arriverait en tête dans quelques territoires bien identifiés. C’est le cas d’une partie des immeubles HLM de Château-Blanc, à cheval sur Châlette-sur-Loing et Montargis. C’est également le cas du quartier de Vésine, à Châlette-sur-Loing, ancien quartier industriel composé de lotissements plus anciens, de maisons mitoyennes et d’une forte proportion de résidents d’origine immigrée, notamment maghrébine, africaine subsaharienne et turque. Enfin, Jean-Luc Mélenchon arriverait en tête dans plusieurs petits ensembles populaires d’Amilly, en particulier aux Terres Blanches.

Le cas particulier des Closiers

Un phénomène mérite un arrêt. Le bureau de vote numéro 3 de Montargis se situe intégralement dans le grand ensemble des Closiers, exclusivement composé d’immeubles, en partie sociaux, en partie en résidences privées. Sur ce seul ensemble, la projection fait apparaître une imbrication rare des trois électorats: certains bâtiments pencheraient vers Édouard Philippe, d’autres vers Marine Le Pen, d’autres encore vers Jean-Luc Mélenchon.

Cette configuration s’explique probablement par une variable démographique dominante, la forte proportion de personnes âgées vivant dans cet ensemble. Les retraités constituent aujourd’hui une base électorale importante du bloc central, y compris dans des immeubles à dominante sociale. Certains bâtiments des Closiers pourraient ainsi donner Édouard Philippe en tête au sein d’un environnement urbain qui, en apparence, semble plus favorable à un candidat de gauche ou du RN. C’est l’un des rares cas où les trois forces politiques semblent réellement se disputer un même grand ensemble résidentiel bâtiment par bâtiment.

Une nouvelle étape méthodologique

Cette projection s’inscrit dans une série. La précédente s’appuyait sur le sondage Cluster17 mesurant un souhait de présidence, celle-ci exploite un marché prédictif mesurant une probabilité de victoire. Deux logiques différentes, deux résultats différents, mais dans les deux cas la même démarche: prendre une donnée nationale sur les préférences ou les probabilités présidentielles, et la projeter à l’échelle du bâtiment sur un territoire donné, à partir des caractéristiques fines de chaque rue.

Le résultat ne prétend pas prédire ce qui se passera en 2027. Il s’agit d’une exploration cartographique, informative sur la géographie sociale et politique du territoire, sur les logiques d’ancrage des trois principaux candidats potentiels, et sur les fractures internes à des ensembles urbains qu’on tend à traiter comme homogènes. À Montargis, ces fractures sont particulièrement lisibles, y compris à l’intérieur d’un même grand ensemble.

Pour aller plus loin sur le marketing électoral :

 Cibler et mobiliser les électeurs de gauche dans un contexte où le RN est en position de force

 Distinguer les différents électorats de droite à la rue et au bâtiment près

 Présidentielle 2027 : le potentiel Mélenchon à Saint-Herblain (44), par rue et bâtiment

Geoffrey Pion, consultant en géomarketing électoral, accompagne les candidats et élus dans le monde entier

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