En avril 2022, Jean-Luc Mélenchon a manqué de 1.8 point la première place à Saint-Herblain. Quatre ans plus tard, une enquête Cluster 17 permet d’estimer qui, parmi les personnalités susceptibles de se présenter en 2027, les électeurs souhaitent voir gagner. En appliquant cette ventilation à un modèle par rue et par bâtiment, on obtient une géographie du potentiel électoral à une échelle spatiale d’une précision inédite. Premier volet d’une série consacrée à la présidentielle de 2027.
Saint-Herblain, une ville de gauche dans un département où le Rassemblement National reste en retard
Troisième commune de Loire-Atlantique avec près de 51.000 habitants et environ 33.000 inscrits, Saint-Herblain est aussi la plus grande ville de la banlieue de Nantes, dont elle épouse toute la façade ouest. Elle vote à gauche depuis longtemps et continue de le faire : en mars 2026, la liste conduite par le maire socialiste sortant Bertrand Affilé a été réélue dès le premier tour.
À la présidentielle de 2022, le premier tour y avait été très serré entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen n’arrivant qu’en troisième position, loin derrière. Au second tour, Emmanuel Macron y gagnait très largement dans un ratio 75/25%, soit seize points de plus que la moyenne nationale.
La Loire Atlantique est globalement structurellement un territoire où les partis traditionnels et la gauche dans son ensemble sont structurellement forts. Le Rassemblement national y réalise parmi ses moins bons résultats en France.
Une enquête qui mesure un souhait, pas une intention de vote
L’enquête Cluster 17 d’août 2026 pose une question précise : parmi les personnalités suivantes, laquelle souhaitez-vous voir gagner l’élection présidentielle en 2027 ? Ce n’est pas une intention de vote, c’est une préférence, ce qui en fait précisément un indicateur de potentiel plutôt que de résultat.
L’intérêt de cette enquête pour un travail cartographique tient à sa ventilation : les réponses sont déclinées selon le comportement de vote antérieur, notamment le vote au premier tour de la présidentielle de 2022. Or ce comportement de 2022, je le connais à l’échelle du bureau de vote, et je le modélise à l’échelle de la rue et du bâtiment. Il devient donc possible de projeter la ventilation nationale sur une géographie fine, et d’obtenir pour chaque rue et chaque immeuble de Saint-Herblain un potentiel estimé pour chaque personnalité testée.
Où habitent réellement les Herblinois?

Saint-Herblain occupe une trentaine de kilomètres carrés et dessine à peu près un carré sur la carte. Le premier enseignement d’une cartographie par rue et par bâtiment est que moins de la moitié de cette surface est effectivement habitée.
Le centre géographique de la commune est occupé par une très vaste zone commerciale et industrielle, et l’extrême sud-est, en bordure de Loire vers Indre, par une zone industrielle. Le tiers nord-ouest est presque vide en dehors du quartier des Closeaux. C’est déjà, en soi une remarque de méthode : une carte réalisée à l’échelle du bureau de vote agrège inévitablement du vide, des magasins, des entrepôts, des parkings avec du logement, et donne l’illusion d’une répartition homogène de l’électorat. Sur cette première carte, l’épaisseur de chaque rue est proportionnelle au nombre d’inscrits qui y résident, et la taille de chaque carré au nombre d’inscrits de l’immeuble ou de la résidence. La couleur indique le type d’habitat dominant.
La population électorale se concentre en réalité dans trois ensembles. Au nord-est, contre Nantes et Orvault, les quartiers de Beauséjour et du Sillon de Bretagne bordés par la route de Vannes au nord et le boulevard du Massacre à l’est. Plus au sud, on retrouve le quartier de Bellevue, la partie herblinoise d’un des plus grands ensembles de l’ouest de la France. Celui ci comporte près d’une centaine de bâtiments dont beaucoup dans des rues portant des noms de villes et de provinces françaises. Entre ces deux gros quartiers diamétralement opposés se trouvent les quartiers de lotissements du Tillay et de Preux-Crémetterie. Enfin le bourg dans la partie sud ouest de la commune agrège les quartiers de la Solvardière, des Buzardières et de la Pelousière.
Pour les résidences collectives, j’ai repris la distinction en trois niveaux de standing établie à partir du prix cadastral moyen de la parcelle sur les dernières années. Elle fait apparaître une géographie nette : les valeurs les plus basses se concentrent à Bellevue et dans la résidence du Golf, qui occupe à elle seule la quasi-totalité du bureau de vote n°11 ; les résidences de standing intermédiaire se trouvent plutôt à Beauséjour et à Crémetterie ; les plus récentes et les plus valorisées au Tillay, à la Solvardière et au bourg. Et à Bellevue, immeubles de logement social et résidences de standing moyen sont directement imbriqués. On va voir que cette imbrication a des conséquences électorales considérables.
Mélenchon présidentielle 2027: rue par rue, bâtiment par bâtiment

Le potentiel estimé pour Jean-Luc Mélenchon est globalement le plus élevé dans des bâtiments, immeubles ou résidences, plutôt que dans des rues ou lotissements. Il est maximal, supérieur à 50% dans le nord du quartier de Bellevue, au Sillon de Bretagne, ainsi que dans HLM de la rue Théophile Guillou au Bourg. Il reste très fort dans les nouvelles résidences sur les périphéries du bourg ainsi que dans les lotissements mitoyennes du quartier du Preux, de la Solvardière où les jeunes sont très présents, clientèle de base de la candidature du tribun de gauche.
Les quartiers plébiscitant le moins la candidature de Mélenchon sont ceux à la fois les plus progressistes et âgés, c’est à dire les lotissements 4 façades de la Buzardière, des Closeaux mais aussi les nombreuses rues de Beauséjour, très typées centre-gauche, qui sont pourtant réticentes à voter en faveur du candidat de la France Insoumise, au premier tour tout du moins.
Vers un hypothétique duel Mélenchon / Le Pen au 2nd tour

La dernière carte est à la fois la plus spéculative mais aussi la plus parlante. J’ai calculé le potentiel de Jean-Luc Mélenchon et celui de Marine Le Pen, puis regardé, rue par rue et bâtiment par bâtiment, lequel des deux arrive den tête, alors même qu’au niveau national Le Pen obtient 22% des souhaits de vote contre 16% pour Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon serait en tête dans plus de 80% des rues et des bâtiments de la commune. C’est cohérent avec tout ce qui précède : une ville de gauche, dans un département où le Rassemblement national est en retard sur ses résultats nationaux.
Les 20% restants dessinent malgré tout une géographie lisible. Marine Le Pen devancerait Jean-Luc Mélenchon dans une bonne partie des rues de lotissement des Closeaux, dans la plupart des rues de l’Orvasserie, dans un certain nombre de rues du bourg et des Buzardières, et dans quelques bâtiments du sud de Bellevue, où le peuplement populaire est plus ancien et moins renouvelé que dans le reste du quartier. À l’inverse, dans les quartiers qui bordent Nantes, à Beauséjour, au Tillay et à Preux-Crémetterie, la quasi-totalité des rues placeraient Jean-Luc Mélenchon devant.
Le lotissement pavillonnaire des années 1970-1980 et la maison individuelle en périphérie de bourg apparaissent donc, ici comme ailleurs, comme les espaces les plus favorables au vote Rassemblement national, y compris dans une commune où ce vote reste globalement faible.
Ce que cette échelle change pour une campagne
Une section locale de gauche qui préparerait les législatives à travers l’élection à forte intensité des présidentielles et qui lirait la seule carte communale conclurait que Saint-Herblain lui est acquise, et un candidat du Rassemblement national qu’elle lui est fermée. Les deux se tromperaient sur l’essentiel, qui est la localisation de leurs réserves respectives.
Pour le premier, le travail utile consiste à identifier les immeubles où le potentiel est fort mais la participation faible, ce qui n’est pas la même carte. Pour le second, une trentaine de rues précises concentrent l’essentiel de ce qu’il peut espérer, et le reste du territoire relève de la perte de temps militant. Dans les deux cas, la décision ne se prend pas à l’échelle de la commune ni même du bureau de vote, mais de la rue et du bâtiment.
Méthode et limites de la projection Mélenchon présidentielle 2027
Cette modélisation croise les résultats électoraux à l’échelle du bureau de vote, un modèle de peuplement par rue et par bâtiment construit à partir des données de logement et cadastrales, et la ventilation par comportement de vote 2022 publiée par Cluster 17.
Trois limites doivent être posées clairement. Il s’agit d’un potentiel, pas d’une prédiction : la question posée mesure un souhait de victoire, pas une intention de vote. La ventilation appliquée est nationale, elle ne capte donc pas les effets proprement locaux, notoriété d’un candidat, implantation militante, configuration de l’offre. Enfin l’enquête date d’août 2026, à 9 mois du scrutin, dans une séquence politique où l’offre est loin d’être définitive.
Pour aller plus loin sur le marketing électoral :
→ Cibler et mobiliser les électeurs de gauche dans un contexte où le RN est en position de force
→ Distinguer les différents électorats de droite à la rue et au bâtiment près
→ Carte électorale intéractive par rue et bâtiment à Montpellier
Geoffrey Pion, consultant en géomarketing électoral, accompagne les candidats et élus dans le monde entier
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