Pourquoi faire de la cartographie électorale par rue et par bâtiment : trois cas où le bureau de vote trompe l’analyse

Depuis quelques années, les analyses électorales par bureau de vote et les projections cartographiques se multiplient. Des acteurs comme Qomon, Eaggle ou d’autres SaaS produisent et diffusent de plus en plus de données à l’échelle du bureau de vote : résultats électoraux bruts, variables socio-démographiques retravaillées de l’INSEE, indicateurs croisés. Avec un fond de carte issu du répertoire électoral unique, un peu de code et ces jeux de données, on peut aujourd’hui produire des cartes par bureau de vote pour l’ensemble des 35.000 communes françaises. C’est rapide, c’est spectaculaire, et ça circule bien.

Mais quand on zoome, quand on s’arrête sur une commune, un quartier, une circonscription précise, ces cartes laissent beaucoup de scories. Environ 10 à 15% des bureaux de vote en France présentent des anomalies qui rendent leur lecture spatiale trompeuse. Et dans ces cas là, projeter une donnée électorale par bureau de vote ne produit pas une analyse, mais une illusion d’analyse. C’est pour cela qu’il est utile de passer à la cartographie électorale par rue et par bâtiment.

Cet article présente trois configurations fréquentes qui le justifient, à travers trois exemples : la 1ère circonscription de la Vienne (86), Saint-Jean-de-Braye (45) et Vénissieux (69).

Le problème général : ce que montre une carte par bureau de vote sur la 1ère circo de la Vienne

Cartographie électorale par rue et par bâtiment, 1ère circonscription de la Vienne (86) : typologie électorale par bureau de vote avec trois problèmes de représentation identifiés. Zone 1 (Chasseneuil-du-Poitou, Avanton et autres communes) : patchwork sans logique géographique causé par la répartition alphabétique des électeurs entre bureaux de vote. Zone 2 (Poitiers nord et banlieue) : secteur urbain concentrant la moitié des électeurs mais écrasé visuellement par la campagne environnante. Projection d’un sondage présidentielles 2027 par bureau de vote.

Cette carte est le type de visualisation qu’on obtient à partir des données électorales disponibles par bureau de vote. Elle couvre la 1ère circonscription de la Vienne, qui regroupe une partie nord de Poitiers, sa banlieue nord jusqu’au Futuroscope, et une large zone rurale à l’ouest et à l’est.

Elle fait apparaître deux problèmes majeurs.

Premier problème : la ville est écrasée par la campagne environnante. La zone 2, qui correspond à Poitiers nord et à sa banlieue immédiate, concentre un tiers des électeurs de la circonscription. Elle occupe pourtant moins d’un dixième de la surface cartographique. Résultat : visuellement, le lecteur voit surtout du vote rural, parce que les communes rurales occupent beaucoup plus d’espace que les quartiers urbains. Cette distorsion est systématique dans les circonscriptions mixtes urbain / rural, qui sont la majorité des circonscriptions françaises.

Deuxième problème : certaines communes apparaissent en patchwork illisible. Les deux zones marquées d’un 1 en blanc concentrent plusieurs communes où les bureaux de vote se matérialisent par des zones en forme de patchwork, sans logique géographique apparente. Il s’agit ici intégralement de bruit statistique et spatial et cela s’explique par le fait que ces communes n’affectent pas leurs électeurs aux bureaux de vote selon un critère géographique, mais selon un critère alphabétique (nom de famille). Sur la 1ère circo de la Vienne, six communes fonctionnent ainsi, dont Chasseneuil-du-Poitou et Avanton. Dans ces communes, un résultat par bureau de vote ne produit aucune information spatiale valable.

À quoi ressemble cette même circonscription quand on la retravaille à l’échelle de la rue et du bâtiment ?

Carte de la première circonscription de la Vienne par bureau de vote montrant la typologie électorale en 2024 avec les bureaux mixtes identifiés en vert autour du Futuroscope

La carte retravaillée fait apparaître ce que la précédente masquait : les zones urbaines de Poitiers nord et de sa banlieue, qui concentrent la majorité des électeurs, deviennent lisibles grâce à un zoom. Les communes à répartition alphabétique ne sont plus un patchwork aléatoire mais une information spatialement cohérente, qui rappelle l’utilité de faire un zoom par rue et par bâtiment suite à mes modélisations spatiales. Pour une équipe de campagne, c’est la différence entre une carte qu’on regarde et une carte qu’on utilise.

Les deux exemples qui suivent détaillent chacun des deux problèmes évoqués plus haut, à travers deux communes.

Saint-Jean-de-Braye (45) : quand le découpage des bureaux de vote ne suit pas la géographie

Saint-Jean-de-Braye est une commune de la banlieue d’Orléans, 14.000 électeurs, 16 bureaux de vote. Si on représente un résultat électoral directement sur les contours des bureaux issus du répertoire électoral unique (carte du haut), on obtient un patchwork sans logique géographique claire.

Cartographie électorale par rue et par bâtiment, Saint-Jean-de-Braye (45), banlieue d’Orléans : trois niveaux de lecture d’un même sondage présidentielles 2027. Carte du haut, par bureau de vote issu du répertoire électoral unique : patchwork illisible de 16 bureaux sans logique géographique. Carte du milieu, par quartiers (bureaux regroupés) : sept zones géographiques cohérentes. Carte du bas, par rue et par bâtiment avec modélisation spatiale : analyse fine des 14.000 électeurs de la commune.

Ce n’est pas la commune qui est illisible, c’est le découpage lui-même qui est trompeur.

En réalité, Saint-Jean-de-Braye fonctionne en sept grands quartiers (carte du milieu), qui regroupent chacun entre un et quatre bureaux de vote. À l’intérieur de chaque quartier, les rues sont réparties alphabétiquement entre les bureaux. Le centre ville, par exemple, est réparti entre les bureaux 1, 2, 3 et 10, non pas par zone géographique, mais par ordre alphabétique de rues.

Dès lors, la vraie carte électorale de la commune n’a que sept zones. Pour 14.000 électeurs, c’est très peu. Autrement dit, l’analyse par bureau de vote ne fournit pratiquement aucune information socio spatiale exploitable à l’intérieur de la commune.

C’est précisément dans ce type de commune que descendre à l’échelle de la rue et du bâtiment (carte du bas) change tout. On passe d’une information sans résolution utile à une information extrêmement précise, qui permet d’identifier les rues, les lotissements, les immeubles où se concentre tel ou tel comportement électoral.

Vénissieux (69) : quand la commune est pleine de zones vides d’électeurs

Cartographie électorale par rue et par bâtiment, Vénissieux (69), banlieue lyonnaise : trois niveaux de lecture d’un même sondage présidentielles 2027. Carte de gauche, par bureau de vote issu du répertoire électoral unique : commune apparaissant uniformément peuplée. Carte du milieu, par bureau de vote simplifié et optimisé : trois grands quartiers d’habitat concentrant la quasi totalité des électeurs. Carte de droite, par rue et par bâtiment avec modélisation spatiale : lecture immeuble par immeuble, utile dans une ville de grands ensembles.

Vénissieux illustre un autre type de distorsion. Les comportements électoraux y sont peu différenciés, mais ce qui compte ici, ce n’est pas le résultat, c’est la représentation spatiale de ce résultat.

Sur la carte de gauche, construite à partir des contours bruts du répertoire électoral unique, la commune apparaît comme un vaste territoire presque uniforme. Le lecteur a l’impression que dans le cas présent, quasiment toute la ville se tournerait vers Jean Luc Mélenchon si les élections présidentielles devaient avoir lieu aujourd’hui.

Or évidemment cela est plus compliqué. Vénissieux est traversée par d’immenses zones industrielles, logistiques, commerciales et naturelles, où personne ne vit. Les bureaux des Minguettes, par exemple, intègrent tous dans le découpage REU des pans entiers du sud de la commune qui sont totalement vides d’habitants. Lorsqu’on simplifie et optimise le découpage (carte du milieu) pour isoler les zones réellement habitées, on voit apparaître trois grands quartiers d’habitat qui concentrent la quasi totalité des électeurs sur un périmètre très réduit.

À l’échelle du bâtiment (carte de droite), la lecture change encore. Vénissieux étant une commune de banlieue avec de grands ensembles, on peut modéliser le comportement électoral bâtiment par bâtiment, ce qui est précieux pour une équipe municipale ou de campagne qui veut savoir où intervenir concrètement.

Produire de la donnée, ou produire de l’analyse

Les trois cas qu’on vient de voir sont fréquents. Ils touchent une proportion significative des communes françaises, et ils expliquent pourquoi une carte par bureau de vote, aussi bien faite soit-elle au niveau national, ne suffit pas dès qu’il s’agit de travailler concrètement sur un territoire.

C’est là que se joue une vraie différence de métier. Les acteurs qui produisent aujourd’hui des données électorales par bureau de vote font un travail utile : ils ouvrent et structurent de la donnée, ils la rendent accessible, ils la mettent à disposition d’équipes de campagne qui en avaient longtemps été privées. Mais ils s’arrêtent à la donnée. Charge ensuite au candidat, au directeur de cabinet ou au responsable de section de l’analyser et d’en tirer des décisions. Mais beaucoup, par la charge de travail qui incombe à leur poste n’ont pas le temps et la capacité de le faire.

Mon travail commence donc là où le leur s’arrête. Si je produis des données à une échelle spatiale inédite en France en mobilisant toutes les données disponibles, je ne livre pas une carte à décoder, une couche de plus d’information à prendre en compte. Je propose à mes clients des orientations stratégiques claires : où concentrer un porte à porte, dans quels bâtiments cibler telle catégorie d’électeurs, quelles rues prioriser dans l’entre deux tours, dans quel quartier un maire sortant conserve son soutien et dans lequel il le perd.

C’est une démarche de géographe et de politologue, pas de développeur. Elle est manuelle, réalisée au cas par cas, lente par rapport à une projection automatisée. Mais elle est stratégique, adaptée au candidat, à son parti et son territoire.

Vous êtes élu, candidat, directeur de cabinet ou responsable de section ? Vous souhaitez évaluer le potentiel électoral de votre candidat ou de votre équipe à l’échelle de la rue et du bâtiment, dans votre commune, votre canton ou votre circonscription ? Contactez-moi 👇

Geoffrey Pion, consultant en géomarketing électoral

📧 info@geoffreypion.com

📱 +33 6 49 28 20 81

Pour aller plus loin sur le marketing électoral :

→ Présidentielles 2027: la carte interactive des intentions de vote à Saint Etienne (42) par rue et par bâtiment

→ Législatives 2027: Comment cibler les rues et bâtiments décisifs pour y faire du porte à porte dans les circonscriptions les plus disputées de France métropolitaine?

→ Présidentielles 2027: modélisation spatiale via Polymarket à Montargis (45)

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