En vue des départementales 2028, Saint-Malo, qui sera divisée pour l’occasion en deux cantons (Saint Malo 1 avec les villages côté Cancale et Saint Malo 2 avec les villages côté Dinard) s’affirme comme l’une des villes françaises où la droite dans son ensemble est la plus structurée électoralement. Aux élections municipales de mars 2026, le maire sortant Gilles Lurton, divers droite, a été réélu largement et aux européennes 2024, les quatre listes de droite (de la liste macroniste au RN) totalisaient 58% des suffrages exprimés. C’est sur ce dernier scrutin que s’appuie la carte ci-dessous, qui propose une première typologie fine de l’électorat de droite malouin, rue par rue et bâtiment par bâtiment.
Une droite structurée autour de deux grands pôles
Les quatre courants pris en compte dans cette analyse sont le bloc central macroniste que l’on qualifiera de centre-droit (Renaissance-Ensemble, environ 38% du total droite), le Rassemblement national (38% aussi), les Républicains (16%) et Reconquête (9%). Ces quatre courants ne se répartissent pas uniformément sur le territoire communal et forment deux grands pôles idéologiques et spatiaux.
La clé de lecture principale de cette carte est à la fois simple et robuste : la géographie du vote macroniste est, à Saint-Malo comme partout en France, l’antithèse quasi parfaite de la géographie du vote RN. Les deux électorats partagent une même ville, mais vivent dans des quartiers très différents, avec des profils sociodémographiques opposés sur à peu près toutes les variables disponibles. Et la géographie du vote central est extrêmement corrélée avec celle des Républicains et dans une moindre mesure avec celle de Reconquête. On a donc d’un côté des rues et surtout immeubles penchant vers le RN et de l’autre des quartiers de maisons et de résidences cossues où vote macroniste et républicain surperforment.

L’effet bord de mer : la géographie du vote macroniste et républicain
Saint-Malo est une ville où le prix au mètre carré figure parmi les plus élevés de France, et où les archives cadastrales révèlent des disparités très marquées entre les quartiers. Cette géographie des prix immobiliers structure directement la géographie électorale.
Plus on se rapproche du bord de mer, plus le prix au mètre carré est élevé, plus la proportion de retraités et de classes bourgeoises est importante, et plus le vote macroniste et républicain domine. Ce gradient littoral est visible à l’œil nu sur la carte. Toutes les rues longeant le littoral au nord de la ville, depuis la cité Corsaire jusqu’à Rothéneuf, affichent un profil macroniste ou républicain-macroniste marqué, en orange ou en bleu clair sur la carte. Il en va de même à l’ouest, le long de la Rance, des Bas-Sablons à Quelmer.
Un profil spécifique caractérise la Cité Corsaire. Avec ses deux bureaux de vote composés essentiellement d’appartements anciens et de quelques immeubles, et pratiquement aucune résidence ni maison, ce territoire affiche un profil globalement macroniste, mais plus mélangé que les quartiers littoraux strictement bourgeois. C’est le reflet d’une population plus jeune et plus diverse que dans les résidences côtières premium. Anecdotiquement, on notera que deux des trois rues qui affichent un profil reconquête/macroniste sont situées dans la vieille ville.
Le vote Rassemblement national dans les quartiers populaires, les HLM et les lotissements mitoyens
À l’inverse, plus on s’éloigne du bord de mer et qu’on s’enfonce dans les quartiers intérieurs de Saint-Malo, plus le poids du Rassemblement national dans le total droite augmente. Dans certaines rues, jusqu’à 80% du vote de droite se porte sur le Rassemblement national.
L’électorat RN correspond ici à un profil sociologique bien identifié : des Malouins de souche, relativement jeunes et actifs, vivant dans des maisons quatre façades, des lotissements mitoyens ou des immeubles HLM.. C’est l’électorat populaire et local de la ville, celui qui se perçoit comme le plus éloigné des bénéficiaires de la rente immobilière littorale.
Les deux grandes concentrations de logements sociaux de la ville, Caraïbes et Antilles, constituent les poches RN les plus nettes sur la carte, en bleu foncé. On retrouve des profils similaires de bâtiments à Paramé, à Rocabey et à Saint-Servan.
Château-Malo, quartier excentré au sud-est de la commune, mérite une mention particulière. Les représentants locaux du Rassemblement national le désignent eux-mêmes comme leur fief historique, et la carte le confirme sans ambiguïté : c’est l’un des territoires où le RN pèse le plus lourd dans le total droite à l’échelle de la commune alors même qu’aucun HLM n’y figure.
Les territoires interstitiels mixtes
Entre ces deux pôles bien identifiés coexistent des territoires intermédiaires. Les rues et bâtiments en violet sur la carte correspondent à des configurations où le RN et le bloc macroniste se partagent à peu près équitablement le vote de droite, autour de 30 à 40% chacun. Ce profil RN-macroniste se retrouve dans de nombreuses rues des quartiers populaires de Caraïbes, Antilles, La Madeleine et Saint-Servan, là où se mêlent lotissements de façade, résidences de bas et moyen standing, et une population plus mixte sociologiquement.
Les rues en vert clair sur la carte correspondent enfin aux profils les plus dispersés, où les quatre courants de droite se répartissent de manière relativement équilibrée, sans dominante nette. Rothéneuf en concentre une part importante. Ce quartier du nord-est de la ville, pourtant perçu comme huppé, révèle en réalité une géographie électorale plus bariolée qu’attendu : on y trouve à la fois des rues franchement RN, des rues franchement macronistes, des rues républico-macronistes et des rues mixtes.
Une méthode transposable aux départementales et aux législatives
Cette carte de Saint-Malo illustre une mécanique électorale que l’on retrouve dans beaucoup de villes balnéaires ou portuaires françaises penchant à droite : le vote macroniste et républicain occupe les franges littorales et bourgeoises. Ce sont les quartiers de retraités propriétaires aisés, souvent venus y passer leur retraite après une vie professionnelle à Paris ou dans les grandes métropoles provinciales. Le vote RN occupe les lotissements populaires, les quartiers HLM sans forte présence immigrée et les zones d’actifs à revenus modestes. Entre les deux, des territoires mixtes où aucun courant ne domine franchement.
Pour les candidats de droite ou de centre-droit qui préparent les législatives 2027, ou les conseillers départementaux qui construisent leur campagne pour 2028 dans les cantons littoraux, cette carte offre un point de départ opérationnel : savoir précisément où se trouvent leurs électeurs potentiels avant même le début de la campagne, et calibrer leur effort de terrain en conséquence. À Saint-Malo comme à Vannes, aux Sables d’Olonne, à Biarritz, Menton ou La Baule, les configurations macroniste, républicaine et RN ne se travaillent pas avec les mêmes outils, les mêmes militants, ni dans les mêmes rues.
Pour aller plus loin sur le marketing électoral:
→ Comment se positionner pour les départementales 2028 à Carcassonne ?
→ Des swing circos aux swing streets : nouvelle approche du ciblage électoral
→ Cibler les votants pour les départementales 2028
Geoffrey Pion, consultant en géomarketing électoral, accompagne les candidats et élus dans le monde entier
geomarketingelectoral #departementales2028 #legislatives2027 #cartographieelectorale #saintmalo #illeetvlaine #RN #macron #droite #republicains #campagneelectorale
