À partir d’aujourd’hui, je vais mettre en lumière les ressorts socio-spatiaux du premier tour de l’élection municipale dans une série d’analyses de moyennes et grandes villes françaises. J’ai produit pour cela des cartes électorales à l’échelle du bureau de vote afin de bien visualiser les grandes tendances électorales au sein de ces villes et les quartiers qui sortent du modèle général.
Commençons par Montpellier, une ville où j’avais analysé la géographie électorale du premier tour dans Midi Libre au lendemain du scrutin de 2020. Cette année, Michaël Delafosse, maire socialiste sortant depuis 2020, arrive nettement en tête avec 33 % des suffrages. Nathalie Oziol, candidate de La France Insoumise, se place deuxième à 15 %. Le troisième, Mohed Altrad, milliardaire propriétaire du Montpellier Hérault Rugby, n’obtient que 11 % malgré une campagne dont la visibilité sur les réseaux sociaux et le déploiement militant laissaient imaginer un tout autre résultat. Un deuxième tour en triangulaire se profile donc, mais le rapport de forces territorial est déjà lisible.
Michaël Delafosse: une domination presque totale du territoire
Sur les 139 bureaux de vote que compte la ville, Delafosse arrive en tête dans 128. C’est le premier enseignement de la carte, et il est massif : seul l’ouest de la ville — au nord la Paillade et la Mosson, au sud entre Prés d’Arènes et le Septeo Stadium — et l’hypercentre ne plébiscitent pas Michaël Delafosse. La prime au sortant, observée dans de nombreuses villes françaises en ce premier tour 2026 alors que les instituts de sondage laissaient entendre l’inverse, est à Montpellier bien manifeste.
Une tripartition Delafosse/Altrad/Saurel à l’ouest
Les bureaux qui échappent à la domination de Delafosse se concentrent dans deux zones. D’abord le nord-ouest : La Paillade, La Mosson, les Hauts de Massane jusqu’à Petit-Bard. Ce sont les quartiers populaires à forte population d’origine africaine et notamment marocaine, où l’on observe une tripartition entre Mohed Altrad, Philippe Saurel (maire de Montpellier entre 2014 et 2020) et Michaël Delafosse, chacun réalisant entre 20 et 35 % des voix. On retrouve une configuration similaire dans les nouveaux quartiers du sud-ouest de la ville (Croix-d’Argent, Prés d’Arènes, Tournezy), avec en plus un vote notable en faveur du youtubeur Rémi Gaillard, qui atteint jusqu’à 15 % des voix autour du Septeo Stadium.
Le centre-ville étudiant : la zone de force d’Oziol
Si La France Insoumise est arrivée en deuxième position à l’échelle de la ville, elle fait jeu égal avec la liste du maire — sans jamais arriver en tête — dans tous les quartiers gentrifiés autour de l’Écusson à forte population estudiantine (Figuerolles, Beaux-Arts, Vert-Bois, Saint-Roch). Mais Nathalie Oziol, qui semble selon la presse avoir trop compté sur un ralliement automatique des quartiers de grands ensembles à forte population d’origine immigrée, ne réalise pas de bons scores dans les quartiers populaires de la ville. Sa géographie ressemble énormément à celle des listes d’Alenka Doullain et de Clothilde Ollier en 2020.
Les autres listes
Rémi Gaillard réalise un moins bon résultat qu’en 2020, où il avait failli passer au second tour, mais il dépasse les 10 % dans de nombreux bureaux du sud-ouest de la ville ainsi qu’à Malbosc. La liste RN de France Jamet oscille entre 10 et 20 % dans les quartiers de Saint-Martin, La Mosson et des Cévennes, mais ne perce plus à La Paillade, comme c’était encore le cas il y a une dizaine d’années. Isabelle Perrein monte jusqu’à 15 % des voix dans les quartiers bourgeois du centre-ville autour des Arceaux et à la frontière avec Castelnau-le-Lez.
Globalement, on peut diviser la ville de Montpellier en trois :
— le centre autour de l’Écusson, qui penche nettement à gauche : Nathalie Oziol y tutoie parfois les 30 %, mais Michaël Delafosse reste bien implanté et la devance partout ;
— l’ouest et le sud, où plus de 50 % des voix vont à Mohed Altrad, Philippe Saurel et Rémi Gaillard ;
— le reste de la ville, où Michaël Delafosse est très nettement en tête devant une opposition dispersée.
Ce que le second tour laisse entrevoir
Delafosse aborde le second tour en position de force évidente. Nathalie Oziol, qui sera rejointe ou au moins soutenue par Jean-Louis Roumegas — dont la candidature a, comme en 2020, fait un score décevant — peut-elle combler son retard ? Peu probable. Seule une alliance improbable entre Altrad, Saurel et Gaillard, dans un remake de 2020, pourrait empêcher Michaël Delafosse de repartir pour un nouveau mandat.